vendredi 28 mars 2014

Béa Johnson : Objectif Zéro déchet



«Zéro déchet», un mode de vie adopté par de en plus de gens, le but ? Vivre sans générer de déchets et réduire au maximum les déchets engendrés au quotidien

Bea Johnson, une française qui vit aux Etats-Unis a écrit un livre à ce sujet et est devenue une référence en la matière, comment elle a commencé et pourquoi ? Vous trouverez toutes ces réponses dans l’interview qu’elle m’a accordée, enjoy.



Vous êtes Française, vous vivez aux Etats-Unis et il y a quelques temps votre  livre  «Zero Waste Home » qui a connu un énorme succès aux Etats-Unis est sorti en France, pouvez-vous nous le présenter en quelques mots ?
Le but de mon livre « Zéro Dechet » est de partager mon mode de vie, de présenter les alternatives que ma famille utilise pour simplifier sa vie et réduire ses déchets a moins d'un litre par an. 


C’est lors de la crise économique que vous adoptez ce mode de vie, comment vous est venue cette idée ?
En 2006, nous avons décidé de déménager d'une grande maison en banlieue dortoir (on était obligé de se déplacer en voiture pour aller partout) pour vivre dans un centre-ville et avoir école, ciné, bibliothèque, restos, théâtre, épicier, etc. à proximité, c'est à dire à quelques minutes à pied ou à vélo de chez nous.
Avant de trouver la maison idéale, nous avons loué un petit appartement pendant un an. Nous avons, emménagé avec le minimum d'affaires et stocké le reste dans un garde-meuble. Nous avons alors appris que vivre avec moins nous permettait de vivre plus: Nous avions tout à coup plus de temps à passer en famille, pour se balader, aller à la plage, faire des pique-niques, etc...
La deuxième année, nous avons acheté une maison deux fois plus petite que la précédente et nous sommes désencombrés de 80% de nos biens matériels. Le temps que nous avons gagné grâce à cette simplicité volontaire nous a ensuite permis de nous informer sur les problèmes de l'environnement. Nous avons lu des ouvrages et regardé des documentaires sur la question. Ce que nous avons découvert nous a fortement attristé quant au futur de nos enfants et nous a motivé pour changer notre façon de vivre. 

Diriez-vous qu’il faut être une «  écolo dans l’âme » pour adopter ce mode de vie ?
Je n'étais pas une écologiste dans l'âme avant le Zéro Déchet, pas plus que je ne me considère en être une aujourd'hui. 
Nous avons démarré ce mode de vie pour l'aspect environnemental mais aujourd'hui il va bien au-delà: ce sont ses bienfaits (meilleure santé, gain de temps et  économies d'argent) qui nous motivent. Ce que nous faisons, c'est pour le bien de notre famille, pas seulement pour celui de l'environnement.
 Quels 1ers conseils donneriez-vous à ceux qu’ils veulent essayer le « zéro déchet » ?
Je ne suis pas là pour dire à qui que ce soit comment vivre sa vie. Tout ce que je peux offrir, c’est ma propre expérience. Le mode de vie Zéro Déchet est tout le contraire de ce que nous aurions imaginé : il ne coûte pas plus cher, au contraire : il nous économise beaucoup d’argent. Il ne prend pas plus de temps, au contraire : la simplicité volontaire fait gagner du temps. On s’est aussi aperçu qu’il est plus beau (un placard rempli de bocaux est plus joli qu’un rempli de produits emballes par exemple) et qu’on vit plus sainement de cette manière (les aliments vendus en vrac par exemple sont moins transformés). Pour atteindre le Zéro Déchet, nous appliquons 5 règles, en ordre d'importance:
1- Refuser le superflu (courriers non désirés, babioles, ou petits cadeaux gratuits à une foire par exemple), 
2- Réduire le nécessaire (meubles, habits...)
3- Réutiliser en remplaçant tout produit jetable par un équivalent réutilisable (cela inclut faire ses courses avec des contenants réutilisables) et en achetant d'occasion.
4- Recycler ce qu'on ne peut pas refuser, réduire ou réutiliser (il reste donc très peu de matériaux à recycler)
5- Composter le reste (détritus organiques: épluchures de fruits et légumes, mais aussi peluches de sèche-linge, ongles et cheveux coupes, balayures, etc…) 



Après avoir vu un reportage qui vous a été consacré en France, beaucoup de Français se demandent si c’est vraiment réalisable comme aux Etats-Unis et est-ce qu’il ne faut pas avoir un certain pouvoir d’achat pour y parvenir ?

Le Zéro Déchet n'est pas plus "facile" aux USA qu'en France. Le vrac n'est ni la norme en France, ni aux USA. Mais les 2 pays ont beaucoup de potentiel. Aux USA, le bicarbonate de soude et le démêlant pour les cheveux peuvent par exemple se trouver en vrac, mais la France a aussi des avantages que les USA n'ont pas. Voici, dans la foulée, quelques exemples... Les marchés de producteurs et les halles y sont une excellente source de vrac ou de produit a la coupe (ici, au marché, les produits animaux sont vendus sous vide). Le vin en vrac y est beaucoup plus développé qu'ici. Le beurre et la crème fraîche y sont disponibles au poids, à la fromagerie. Les œufs y sont souvent vendus en vrac en magasin. Les petits artisans de campagnes, tels que les moulins à l'huile, les chèvreries et les apiculteurs sont bien indiqués et accueillent avec joie les visiteurs. 
Ça ne prend pas nécessairement moins de temps dans un pays ou un autre pour atteindre le zéro déchet (ou un bocal de déchets par an). Il revient à chacun de discerner les potentiels zéro déchet de sa région et de les exploiter au maximum. C'est ce que nous avons fait en Californie, et c'est ce que nous faisons quand nous venons en France. L'engagement du consommateur est bien plus déterminant que ce que l'on pense. 

Savez-vous que pour chaque produit emballé que vous achetez, 15% du prix couvre le coût de l'emballage? Cela signifie qu'en éliminant les emballages, on économise d'emblée 15%. Mais nos économies vont encore plus loin que le simple fait d'acheter nos aliments en vrac. Elles sont aussi basées sur le fait que 1- nous consommons considérablement moins, 2- lorsque nous devons acheter un objet (un habit par exemple), nous nous efforçons de le trouver d'occasion, 3- nous n'achetons plus de produit jetable (à l'exception du papier toilette). A titre indicatif, voici quelques-uns des produits qui font partie des dépenses récurrentes d'un foyer banal et que nous n'achetons plus, soit parce ce que nous n'en éprouvons plus le besoin, soit parce que nous les avons remplacé par des alternatives réutilisables: le papier essuie-tout, le papier d'alu, le papier sulfurisé, le film alimentaire, les éponges, les sacs de poubelle, les sacs de congélation, les sacs a glaçon, les serviettes en papier, les assiettes, couverts et gobelets jetables, le fil dentaire, les rasoirs jetables, les pansements, les cure-dents, les mouchoirs en papier, la laque ou autre fixateur de chevelure, le vernis à ongles et le dissolvant, les produits d'hygiène féminine jetables (serviettes et tampons), les produits d'entretien divers (spray pour les vitres, la cuisine, la salle de bain, le sol, etc.), les lingettes désinfectantes, le papier cadeau, les magazines, les journaux, le shampoing, le savon pour les mains, le spray de repassage, les agrafes, le scotch, etc... Et ces produits (dont les alternatives vous sont proposées dans mon livre) ne  nous manquent même pas. Bien au contraire! Nous préférons l'utilisation et l'esthétique des solutions que nous avons adoptées et apprécions les économies qu'elles représentent. D'ailleurs celles-ci nous ont permis de financer l'installation solaire pour notre maison, qui nous permet de faire encore plus d'économies! 

Est-ce que la version française de votre blog "Zero Waste Homeest prévue prochainement ?
Nous envisageons sa traduction.

Quels sont vos futurs projets ? Une émission de TV ? Un nouveau livre
 J'aimerais en effet une émission de télé: J'ai tant d'astuces à partager et ce mode de vie est si visuel. Quelques réalisateurs américains m'ont sollicité, mais rien ne s'est encore concrétisé. J'aimerais d'autant plus travailler avec la télévision française. D'après les retours que j'en ai eu, ce mode de vie intéresse beaucoup le public français; il semble avoir moins peur de la simplicité volontaire sur laquelle nous nous basons (rires)

Grâce au « zéro déchet » votre vie a changé, vous êtes devenue une référence en la matière, médiatisée et encensée par la presse,  une femme d’affaires  accomplie, diriez-vous que avez réalisé  votre « rêve américain » ?
Mon rêve américain s'est en effet réalisé. Bien qu’il y a des années, il était basé sur la consommation et les biens matériels, aujourd'hui il se repose sur une vie riche en expériences.  


Article sur le même thème : Des Blogueuses Green et DIY






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire